Pourquoi a-t-on besoin de monnaie, avantages et inconvénients

Toute société repose sur la répartition du travail productif, ce qui entraîne la nécessité d’organiser ensuite les échanges.

Une petite société peut se permettre de fonctionner sans monnaie : chacun donne ce qu’il a produit à ceux qui en ont besoin. C’est ce que nous faisons avec nos proches : nous ne faisons pas payer nos services sachant qu’ils nous rendront la pareille si nous en avons besoin. L’inconvénient, surtout dans une société plus grande, est que certains peuvent donner beaucoup plus qu’ils ne reçoivent et d’autres recevoir beaucoup plus qu’ils ne donnent.

Si le don ne veut pas être gratuit et demande une réciprocité, on peut envisager le troc : on échange au lieu de donner. L’inconvénient en est quand les choses à échanger n’ont pas la même valeur, ou quand on ne trouve rien à échanger qui satisfasse celui qui possède le bien convoité. Le troc est surtout utilisé pour des échanges entre communautés.

Pour dépasser le troc, qui oblige à rendre à celui qui nous a donné de façon pas toujours équilibrée, les hommes depuis longtemps ont inventé la monnaie qui permet de mesurer les valeurs, différer et mutualiser les échanges ; en mesurant la valeur de ce qui a été échangé et en conservant cette mesure sous forme scripturale (écrite) ou matérielle (objet, animal, pièces, billets), il n’est plus obligatoire d’échanger des richesses de même valeur et il est possible de donner à l’un et recevoir d’un autre plus tard. La monnaie n’est pas une richesse : elle mesure et symbolise une richesse.

Notons bien que tous les échanges n’ont pas besoin d’être monétisés: lorsqu’on a confiance dans la capacité de rendre à celui à qui on donne, ou quand on peut se permettre de donner sans avoir besoin de retour, dans les échanges entre amis, encore plus dans les échanges amoureux, quand ce qu’on échange est inestimable, il n’y a pas besoin de monnaie. Celle-ci n’intervient que quand la communauté devient trop grande et que la confiance en l’autre que l’on ne connait pas n’est pas automatique ; elle sert essentiellement à mesurer ce que l’on donne et ce que l’on reçoit pour que les échanges soient équilibrés. L’inconvénient de la monnaie est de remplacer des sentiments qui nous motivent par des obligations qui peuvent nous emprisonner : au lieu d’avoir un sentiment de reconnaissance envers celui qui nous a donné, ce qui nous motive pour avoir envie de donner aussi,  le payer fait qu’on ne lui doit rien mais qu’on est obligé de fournir un travail pour gagner cet argent. Et le travail peut devenir une obligation pénible si l’organisation sociale et le système monétaire correspondant ne sont pas conçus de manière démocratique. Car posséder plus d’argent que les autres donne du pouvoir sur ceux qui n’en ont pas assez, pouvoir d’acheter leurs richesses qui peut même aller jusqu’au pouvoir de les acheter eux, et ceux qui ont le pouvoir d’en gagner beaucoup ou de le créer peuvent devenir de véritables tyrans.

La vraie richesse, ce n’est pas la quantité de monnaie que l’on possède, c’est ce qu’on l’on a dû vendre pour l’obtenir !

Si la monnaie n’est qu’un instrument de mesure, sa valeur doit être la même pour tous. Pour faire le parallèle avec un autre instrument de mesure, le mètre, qui permet de mesurer les longueurs, il existait un mètre étalon en platine iridié, conservé à température et pression constante pour que sa longueur ne se modifie pas, consultable par tous pour vérifier que tous avaient un mètre de la même longueur. Pour la monnaie, la monnaie étalon est la monnaie légale de la Banque centrale. Mais cet étalon officiel n’est lui-même qu’une représentation symbolique d’une réalité physique définie plus précisément ; le mètre est un multiple d’une longueur d’onde, ce qui permet aux physiciens d’avoir directement accès à l’étalon réel. Il y a en effet double étalonnage dans notre organisation sociale : l’étalon légal et l’étalon de l’étalon légal que l’on pourrait appeler « étalon réel ». Pour la monnaie, l’étalon légal est une monnaie qui représente la même valeur pour tous, est censée garder une valeur constante et est comparable à tout moment: c’est la monnaie de la Banque Centrale et il est possible si on le souhaite de vérifier si son billet est « vrai » (émis par l’organisme officiel) ou « faux ». Mais la monnaie officielle à son tour doit être rattachée à une richesse réelle de valeur constante : c’était le cas d’un animal ou d’une céréale dans les sociétés paysannes. Pendant longtemps, on a « étalonné » nos monnaies officielles sur l’or mais ce n’était pas un bon étalon pour plusieurs raisons :

_Sa valeur est variable : l’or est soumis à des cours spéculatifs qui font que sa valeur fluctue, monte ou descende.

_Son étalonnage est variable : les pièces étaient en or plein au début puis les pièces et les billets représentaient de moins en moins d’or.

_Ce n’est pas une richesse que tout le monde a besoin de posséder et il ne représente donc pas la même valeur pour tous : pour un paysan, l’or pouvait ne rien représenter alors qu’une vache ou un cochon représentait beaucoup plus. Son intérêt était de limiter les possibilités de création monétaire, ce qui était censé éviter l’inflation mais ne l’évitait pas car le raisonnement était faux: pour qu’il n’y ait pas inflation, il faut que la quantité de monnaie émise corresponde exactement aux capacités de production de biens essentiels à la population. Or l’or ne fait pas partie des biens essentiels et ajuster la quantité de monnaie créée à la quantité d’or que l’on possède n’est pas équivalent à l’ajuster sur ses capacités de production de biens essentiels. Pourquoi un pays qui pourrait produire tout ce dont il a besoin pour bien vivre mais qui n’aurait pas d’or ne pourrait pas avoir de monnaie? L’or a été utilisé par ceux qui en possédaient pour asseoir leur domination sur les autres monnaies.

_L’étalon or n’était pas consultable par tous : il fallait faire confiance aux banquiers pour croire qu’ils avaient la quantité d’or correspondante aux billets émis. ce qui a permis aux banquiers, de tous temps, de créer plus de monnaie qu’ils n’avaient d’or, donc de créer de l’inflation.

_L’or n’existe qu’en quantité finie et ne permet pas de s’adapter aux besoins croissants de monnaie quand la production augmente. C’est pourquoi, en 1971, le président Nixon a détaché le dollar, dernière monnaie occidentale à être convertible en or, de l’étalon or.

Donc, actuellement, il n’y a plus de richesse étalon de la monnaie légale de Banque centrale. Sur le plan international, le dollar tente encore de se faire passer pour un étalon légal mais il n’en a pas les vertus (monnaie inflationniste). Le fait qu’il n’y ait plus d’étalon or n’est pas très grave en soi, c’est même une libération. Pour la richesse- étalon, il serait facile de trouver une richesse qui a la même valeur pour tous : par exemple, on peut dire que 1€, c’est à peu près le prix d’une baguette, la baguette serait une bonne richesse-étalon pour les Français. Mais comme la loi de l’offre et la demande peut faire varier les prix individuellement, il vaut mieux que l’étalon réel soit basé sur un ensemble d’articles de première nécessité produits à l’intérieur de la communauté. Cela permet ainsi de relativiser les variations de prix. En fait, le véritable étalon, c’est le panel d’articles sur lequel est basé l’indice des prix.

On constate alors que l’inflation est bien supérieure aux chiffres que l’on nous donne et que notre monnaie légale s’est beaucoup dévaluée avec l’euro (l’indice officiel sur lequel on calcule la dévaluation est truqué car il élimine systématiquement l’inflation spéculative et tous les articles dont le prix augmente trop, comme le logement). Il y a inflation quand il y a trop de monnaie en circulation par rapport aux vraies richesses à échanger : cela rend possible l’augmentation des prix, donc la dévaluation de la monnaie. L’inflation est donc due à une mauvaise régulation du système monétaire et prouve qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas bien dans notre système monétaire puisqu’un instrument de mesure doit être le plus constant possible. Le fait que nous sommes habitués à le voir varier ne doit pas pour autant nous  faire considérer cela comme normal. Nous allons donc en chercher les causes.

Le système monétaire et sa régulation

Le système monétaire reflète l’organisation sociale : mesurer la valeur de ce qu’on échange est une chose, savoir comment on utilise cette mesure en est une autre : par exemple, être en découvert signifie seulement que l’on a trouvé à acheter avant d’avoir réussi à vendre : on peut trouver que cela n’est pas grave et attendre que cela se régularise ou, au contraire culpabiliser et pénaliser ceux qui sont à découvert en leur mettant des frais supplémentaires. Si la société veut des rapports sociaux  équilibrés, elle va veiller à ce que chacun gagne autant ou plus que ce qu’il dépense ; dans une organisation solidaire, il peut être admis que certains soient aidés et dépensent plus qu’ils ne gagnent ; dans une organisation non démocratique, certains doivent donner beaucoup de richesses et reçoivent très peu de monnaie alors que d’autres en reçoivent beaucoup et donnent peu.

Nous allons étudier la création d’un système monétaire démocratique et solidaire, dans lequel les échanges cherchent à être équilibrés, ce qui nous permettra de mieux comprendre les absurdités du système capitaliste « néo-libéral » dans lequel nous vivons.

  Comment créer un système monétaire démocratique

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *