Le système monnaie pleine citoyenne

La monnaie doit pouvoir être attribuée ou créée de façon sécurisée chaque fois qu’une richesse est donnée et les échanges doivent être le plus libre possible.

Plusieurs cas de figure sont à envisager :

_Dans les échanges entre individus possédant déjà de l’argent, ce qui est le cas  le plus général, la monnaie est créée sur le compte du vendeur, adossée à la valeur de la richesse vendue, contrôlée par l’acheteur qui doit détruire la même quantité de monnaie sur son compte. Il suffit que chacun ait un compte contenant sa monnaie et qu’il y ait un système permettant de réaliser ces opérations simultanément. C’est ce que nous faisons avec nos comptes bancaires mais ces comptes n’ont pas besoin d’être dans une banque : ils peuvent être contenus dans un smartphone inviolable, ou inscrits dans une block Chain, ou placés à la banque centrale ; le transfert se fait de façon automatique sans autre intervention que l’accord des 2 protagonistes.

_Si celui qui reçoit n’a pas suffisamment de monnaie à transmettre, ce qui n’est pas grave s’il est capable d’en gagner plus tard ou s’il est considéré comme pouvant être pris en charge par la société, il y a alors création monétaire pour celui qui donne et découvert (sans frais) pour celui qui reçoit. (Un découvert est sans frais mais ne peut dépasser une limite autorisée et ne peut pas être converti en monnaie matérielle). Le découvert autorisé peut être remplacé par un revenu de base en monnaie pleine ou par un capital initial.

_Par contre, dans les échanges entre ceux qui travaillent pour la collectivité et cette même collectivité représentée par sa banque centrale, la sécurisation est plus difficile : il est exclu qu’ils puissent décider et se virer eux-mêmes leur salaire (comme c’est le cas actuellement), c’est à la collectivité de le faire : la banque centrale doit donc être un organe exécutif à la comptabilité publique, sous contrôle citoyen indépendant de l’exécutif et du parlement. L’échelle des salaires de tous ceux qui travaillent pour la collectivité devrait faire l’objet d’un débat et d’un vote national.

La banque centrale étant indispensable pour la création monétaire dans les projets collectifs et pour  sa régulation, et ne pouvant pas, me semble-t-il, rentrer dans une block Chain, c’est autour d’elle que va donc s’articuler tout le système. Comme d’autre part elle doit pouvoir avoir une vision d’ensemble de la circulation monétaire afin que celle-ci puisse être régulée, le plus simple serait que chacun ait un compte unique à la banque centrale (ou ailleurs mais dupliqué à la banque centrale).

Les autres banques ne sont que des établissements financiers qui ne peuvent prêter que leur argent ou celui de leurs déposants avec leur accord et en partageant les bénéfices.

La banque centrale ne prête (à taux zéro) que pour des entreprises rentables d’intérêt public, l’intérêt public étant défini par une majorité de citoyens.

Hormis ce cas, elle ne peut créer de la monnaie que pour payer ceux qui travaillent pour la collectivité : fonctionnaires, enseignants, soignants, …..,services publics (poste, transports, distribution d’énergie, d’eau…..qui pourront être gratuits ou simplement subventionnés), toutes les constructions publiques (autoroutes, hôpitaux, mairies,…) ou dans des missions non rentables d’intérêt public (aide aux handicapés, chômeurs, malades, personnes âgées…) ou de grands travaux d’intérêt public (dépolluer l’environnement par exemple) déterminées par une majorité de citoyens.

Cette création de monnaie pleine va progressivement augmenter la masse monétaire en circulation et il arrivera un moment ensuite où il faudra en détruire ou arrêter d’en créer pour éviter qu’une trop grande masse monétaire provoque de l’inflation. A noter que le fait de créer de la monnaie uniquement lorsqu’il y a production de richesse est beaucoup moins inflationniste qu’une création à l’aveugle comme cela est fait actuellement car l’inflation résulte d’un déséquilibre entre la masse monétaire en circulation et les capacités de production. Ici, la quantité de monnaie créée correspond exactement à la production. Avec les comptes uniques, la banque centrale sera en mesure de réguler le système en proposant d’instituer taxes et impôts pour détruire de la monnaie, soit un impôt  progressif en fonction du revenu, soit seulement instaurer un revenu maximum (forcément lié à une capitalisation maximum)

Cette deuxième solution où tout revenu dépassant le maximum serait automatiquement  affecté à une caisse de redistribution apporterait une liberté extraordinaire à l’immense majorité des citoyens sans gêner beaucoup : cela veut simplement dire que, quand on est suffisamment riche, on n’a plus besoin d’être payé encore plus pour ce qu’on fait. Pour les autres,  les transactions seraient entièrement libres, sans taxes ni impôts associés, il n’y aurait plus de notion de travail au noir.

Peut-on avec ce système établir un revenu inconditionnel par création monétaire ? Cela voudrait dire que la collectivité donne à chacun de quoi vivre sans qu’il soit obligé de rendre en retour un service quelconque à la collectivité. Cela pose un problème éthique et entre en contradiction avec notre définition de la monnaie. Bien sûr, on sait que l’idéal qui préside à la création de la monnaie, à savoir que chacun produit autant qu’il consomme, n’est jamais réalisé : il y en a qui produisent beaucoup plus que leurs besoins et d’autres qui n’arrivent pas à produire suffisamment, par exemple les malades, les handicapés, les chômeurs. Il faut donc trouver un système de compensation pour redistribuer le trop plein de richesses et cela n’est possible que si on établit des impôts progressifs ou un revenu maximum : tout ce qui le dépasse sert à financer le revenu de base inconditionnel. (Cela revient à dire que l’on ne peut pas consommer globalement plus que ce que l’on produit, les impôts représentent la valeur de la richesse produite en trop qui peut être redistribuée).

Par contre, ce qui est possible par création monétaire, et nous le faisons dans le SEL, c’est d’offrir à tout nouvel arrivant dans l’association (ou dans l’âge adulte dans la société) une allocation de base unique égale par exemple à la valeur moyenne entre le revenu minimum et le revenu maximum ; les comptes vont alors osciller entre zéro et la valeur maximum, ce qui évite le sentiment désagréable d’être en dette. La valeur d’équilibre des comptes est alors cette valeur de base.

(voir le chapitre « revenu de base »).

Dans ce cas les entreprises deviendront plus compétitives car les salaires seront moins élevés et il y aura moins de salaire indirect versé. Les seules « charges «  restantes seront les cotisations chômage et accidents du travail pour l’employeur et chômage et retraite complémentaire pour le salarié. Mais, de fait, la compétitivité ne sera plus autant nécessaire car les entreprises nationales seront protégées de l’extérieur par les taux de change; la seule compétition restante sera entre des entreprises privées et des entreprises d’état, ce qui permet de réguler les salaires dans le privé sans avoir besoin de contrôles inquisiteurs.

Chacun ayant suffisamment d’argent, on pourrait oublier la monnaie et vivre à sa guise comme dans l’économie du don. La monnaie servirait seulement pour ceux en charge de gérer la société à mieux l’organiser pour adapter besoins et productions. La seule question à se poser est de savoir si la société est capable d’assurer les besoins fondamentaux de ceux pris en charge par la collectivité, ce qui ne devrait pas poser problème car le capitalisme nous a plutôt poussé à surproduire pour enrichir en monnaie les ploutocrates. (Mais cela imposera d’abord de réindustrialiser le pays que nos politiques actuels vendent à la découpe)

Nous avons examiné jusqu’à présent une société fermée suffisamment autosuffisante mais ce système est tout aussi adapté au commerce avec d’autres sociétés et permet même un commerce éthique puisqu’il n’y a plus besoin d’aller piller les autres pour trouver l’argent qui manque chez soi. Si on veut échanger avec un pays étranger, le taux de change se calcule en comparant les étalons, c’est-à-dire les panels d’articles de première nécessité dans les 2 pays ou les valeurs de l’heure de travail comme dans les SEL. Cela veut dire que nous payerions plus cher les produits venant de pays avec un niveau de vie inférieur ; ce serait difficilement supportable dans le système actuel car la plupart des gens n’ont pas un revenu suffisant, mais pas dans un système démocratique où chacun a largement de quoi vivre quand on a supprimé toutes les dépenses inutiles, tout ce que nous coûtent les banquiers et l’état. Par contre, cela protège nos industries et nous encourage à produire nous-mêmes. De plus la quantité d’échange est règlementée pour que la balance commerciale soit équilibrée avec chaque pays. Une monnaie internationale serait plus pratique mais devrait être construite sur les mêmes principes et n’existe pas à l’heure actuelle.

En l’absence de monnaie internationale, les échanges entre 2 pays sont du troc et doivent être équilibrés.

Une monnaie internationale devrait répondre aux mêmes critères de création monétaire: une banque mondiale émettant de la monnaie uniquement pour des objectifs internationaux et gérée par l’ensemble des nations. Le dollar, qui est une monnaie nationale des USA ne peut jouer ce rôle honnêtement (d’autant plus que c’est, d’après nos critères, une fausse monnaie). Le faisant, il s’assure la suprématie sur tous les autres états.

Contrairement à ce qui semble nous arriver actuellement, ce n’est pas le système économique qui dirige l’organisation politique mais l’organisation politique qui crée le système économique. La monnaie mesure quand elle n’est pas trafiquée, mais ce que nous faisons de cette mesure est politique et nous voyons ce qu’une volonté démocratique pourrait en faire. Le système actuel ne peut perdurer qu’avec le soutien des politiques qui ne souhaitent pas la démocratie mais une gouvernance mondiale de quelques privilégiés.

Le système économique présenté ci-dessus devra obligatoirement s’accompagner d’une nouvelle constitution qui placera les 5 pouvoirs fondamentaux sous contrôle citoyen : la banque centrale doit être un organisme exécutif indépendant de l’Exécutif politique reposant sur un contrôle citoyen plus large encore que le parlement.

Comment faire la transition

 

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