Théorie de la création monétaire démocratique

   Curieusement, les théories économiques qui justifient le système « néo-libéral » accordent peu d’importance à la façon dont la monnaie est créée, par qui et dans quelles conditions. C’est pourtant là que réside le secret du pouvoir immense qu’ont pris les intérêts financiers sur la vie économique et politique. Pour bien comprendre la logique d’un système monétaire, nous allons raisonner à partir d’une société en grande partie auto-suffisante mais dans laquelle la monnaie n’existe pas encore et étudier les différents moyens de la créer.

Toute société repose sur la répartition du travail productif, ce qui entraine la nécessité d’organiser ensuite les échanges.

Une petite société peut se permettre de fonctionner sans monnaie : chacun donne ce qu’il a produit à ceux qui en ont besoin. C’est ce que nous faisons avec nos proches : nous ne faisons pas payer nos services sachant qu’ils nous rendrons la pareille si nous en avons besoin. L’inconvénient, surtout dans une société plus grande, est que certains peuvent donner beaucoup plus qu’ils ne reçoivent et d’autres recevoir beaucoup plus qu’ils ne donnent.

Si le don ne veut pas être gratuit et demande une réciprocité, on peut envisager le troc : on échange au lieu de donner. L’inconvénient en est quand les choses à échanger n’ont pas la même valeur, ou quand on ne trouve rien à échanger qui satisfasse celui qui possède le bien convoité. Le troc est surtout utilisé pour des échanges entre communautés.

L’invention de la monnaie est un progrès sur le troc car elle va pallier à ces 2 inconvénients en mesurant la valeur des échanges et en permettant leur mutualisation. Chacun pourra savoir s’il a produit suffisamment ou s’il est en dette envers la société, il pourra vendre à l’un et acheter à un autre.

Notons bien que tous les échanges n’ont pas besoin d’être monétisés: lorsqu’on a confiance dans la capacité de rendre à celui à qui on donne, ou quand on peut se permettre de donner sans avoir besoin de retour, dans les échanges entre amis, encore plus dans les échanges amoureux, quand ce qu’on échange est inestimable, il n’y a pas besoin de monnaie. Celle-ci n’intervient que quand la communauté devient trop grande et que la confiance en l’autre que l’on ne connait pas n’est pas automatique, elle sert essentiellement à mesurer que personne ne va recevoir plus qu’il ne peut donner. L’inconvénient de la monnaie est de remplacer des sentiments qui nous motivent par des obligations qui peuvent nous emprisonner : au lieu d’avoir un sentiment de reconnaissance envers celui qui nous a donné, ce qui nous motive pour avoir envie de donner aussi,  le payer fait qu’on ne lui doit rien mais qu’on est obligé de fournir un travail pour gagner cet argent. Et le travail peut devenir une obligation pénible si l’organisation sociale et le système monétaire correspondant ne sont pas conçus de manière démocratique. C’est  un système monétaire démocratique que nous allons essayer de concevoir ici en ne gardant que la fonction essentielle de la monnaie :

La fonction essentielle de la monnaie est de mesurer la valeur des échanges.

La monnaie n’est qu’un instrument de mesure ; elle mesure les valeurs des richesses échangées de la même façon qu’un mètre mesure les longueurs. Et, comme tout instrument de mesure, elle a besoin d’un étalon.

L’étalon doit être connu de tous et représenter une valeur à peu près identique pour chacun : c’est ainsi que, dans les sociétés paysannes, l’étalon a pu être un animal ou une céréale que chacun possédait, ce qui permettait de comparer sa valeur à toute autre production. Dans une société égalitaire, ce pourrait être l’heure de travail. Nous nommerons e la valeur de cet étalon. Comme tout étalon, cette valeur doit être la plus stable possible.

L’estimation de la valeur des produits est par contre variable et obéit à la loi de l’offre et la demande : le prix se négocie entre  le vendeur et l’acheteur.

Il ne suffit pas de mesurer, il faut aussi consigner cette mesure quelque part. Et, pour cela, 2 méthodes sont possibles :

La monnaie scripturale : les gains ou dépenses de chacun sont écrites (d’où le nom de « scriptural ») dans un livre de compte (comme dans l’Égypte ancienne ou les SEL actuels) ou à l’intérieur d’un ordinateur comme c’est le cas dans nos comptes en banque. Chacun a un compte où sont marqués en unités positives ses gains et en unités négatives ses dépenses.

La monnaie matérielle qui a pu prendre différentes formes suivant les époques : cailloux, coquillages, pièces métalliques, billets. La matérialisation des échanges s’avère plus problématique que dans la monnaie scripturale et mérite de s’y attarder.

Examinons ce qui se passe sur une communauté réduite au minimum de 3 personnes: Anatole, Bernard, Camille

Supposons qu’ils aient chacun une production à proposer aux autres, et que, pour simplifier, ces productions soient estimées à la même valeur, 10e. Anatole voudrait acheter à Bernard, Bernard à Camille et Camille à Anatole.

Comme il n’y a pas encore de monnaie qui circule, Anatole va devoir emprunter à l’OE (organisme émetteur de monnaie) 10e (unités étalon): ces 10e n’ont aucune valeur (ou seulement la valeur  de leur fabrication, très faible, on peut parler de monnaie vide, ou monnaie dette, ou monnaie négative par analogie avec la monnaie scripturale négative) ; ces 10e  mesurent seulement la dette d’Anatole envers la société, dette qu’il s’engage à rembourser en produisant pour la société au moins autant.

Avec ces 10e-, il paye Bernard qui les garde en échange de sa production; ces 10e– ont maintenant de la valeur, ils représentent la valeur de la production qu’il vient de vendre et lui donnent le droit d’acheter pour la même valeur. Les 10e– vides sont magiquement devenus 10e+ pleins alors que rien ne distingue  l’un de l’autre.

Bernard va pouvoir utiliser ces 10e+ pleins pour acheter la production de Camille.

Camille va utiliser les 10e+ pleins qu’elle vient d’acquérir en échange de sa production pour acheter celle d’Anatole.

Anatole, qui n’a plus rien à acheter va pouvoir rendre les 10e+ qu’il avait emprunté à l’organisme émetteur qui va annuler sa dette et les détruire. (10e+ + 10e– = 0)

Au final, tout l’argent créé par l’OE lui a été rendu, il n’y a plus de monnaie qui circule mais tous les échanges souhaités ont pu se faire et personne n’est en dette envers les autres.

Il est évident que dans une communauté aussi restreinte, il n’y a pas besoin de monnaie, mais le raisonnement serait le même dans une communauté plus large et si les objets à échanger n’avaient pas la même valeur; au final, certains resteraient avec de la monnaie pleine et d’autres avec de la monnaie dette mais la somme totale serait nulle.

Quand la monnaie est créée uniquement sous forme de dette, pour des prêts  sans intérêts, il n’y a plus de monnaie en circulation quand tous les prêts sont remboursés.

Puisque cette  monnaie créée sous forme de dette est destinée à être rendue, sa valeur propre n’a aucune importance. Son utilisation est basée sur la confiance qu’elle n’a pas été fabriquée par de faux monnayeurs, que sa valeur reste stable, et qu’elle ne pourra être refusée en paiement d’une production.

Comme elle ne fait que symboliser une autre valeur, la valeur propre de la monnaie pleine n’a pas d’importance non plus, qu’elle soit métallique, en or, sous forme de billets ou scripturale, de même façon qu’il est indifférent que votre mètre soit fait en plastique, en métal ou en platine iridié : l’important est qu’il mesure exactement un mètre.

Comment alors va être payé cet organisme émetteur qui a produit un travail pour la collectivité et mérite d’être rémunéré?

Première idée: en prenant un intérêt sur la somme prêtée:

Que va-t-il se passer? Anatole  emprunte 10e– mais devra en rendre 11+.Il achète la production de Bernard en lui donnant les 10e, qui achète celle de Camille, qui achète à Anatole. Celui-ci se retrouve avec ses 10e+ prêtés qu’il peut rendre mais pas le 1e+ d’intérêt car celui-ci n’a pas été créé. Même s’il avait quelque chose à vendre pour 1e, personne ne pourrait lui acheter sauf en empruntant ; mais c’est ce dernier qui ne pourrait pas rembourser son emprunt.

Pour qu’un système monétaire où la monnaie est créée sous forme de dette puisse fonctionner dans une communauté fermée, il est nécessaire que l’organisme qui crée la monnaie ne prenne pas d’intérêts sur les prêts qu’il accorde.

Deuxième idée: en levant des impôts puisqu’il travaille pour la communauté, il est normal que chacun participe

Problème : si l’argent est créé uniquement sous forme de dette, quand tous les emprunts sont remboursés, il n’y a plus d’argent en circulation et il est impossible de lever des impôts.

troisième idée: qu’il se paye lui-même par création monétaire: il mérite que l’on crée de la monnaie pour lui puisqu’il a fourni un travail, c’est la collectivité qui est en dette envers lui et qui va le rembourser en lui fournissant des richesses contre cet argent créé; C’est ce qui se serait passé s’il n’y avait pas d’argent: quand quelqu’un travaille pour le collectif, d’autres se chargent de le nourrir (au sens large, c’est-à-dire lui fournir ce dont il a besoin). Là, certains individus du collectif vont devoir produire un peu plus pour lui mais en s’enrichissant, ce qui est normal puisque toute production vendue mérite sa symbolisation en monnaie. Et il en sera de même pour tous ceux qui travaillent pour la collectivité : cet argent qui leur est versé par création monétaire est le seul argent plein qui va rester en circulation pour échanger et capitaliser quand tous les emprunts auront été remboursés. D’années en années, la masse monétaire de monnaie pleine va augmenter au point que les emprunts seront de moins en moins nécessaires il n’y aura bientôt plus besoin d’emprunter et les éventuels impôts n’interviendront que pour limiter la capitalisation et redistribuer cet argent pour aider les plus défavorisés. Il y aura alors à diminuer la création monétaire et à jouer sur l’équilibre impôts- monnaie créée pour que la masse monétaire soit parfaitement adaptée aux besoins économiques. Contrairement à ce qui peut sembler d’une logique imparable, l’impôt sur le revenu pour financer ceux qui travaillent pour la collectivité est une double peine car nous les finançons 2 fois : une fois en diminuant notre salaire, une deuxième fois en produisant pour eux qui nous paieront avec l’argent que nous leur avons donné.

Ceux qui travaillent pour la collectivité ne peuvent être payés que par création monétaire et ce jusqu’à ce que la masse de monnaie pleine soit suffisante pour pouvoir lever des impôts. Cela ne produit pas d’inflation si la production interne est suffisante et si  la création de monnaie pleine ne peut se faire qu’en échange d’une richesse produite.

Si l’on veut éviter le plus possible le recours aux emprunts par création monétaire qui sont gênants car ils mettent en circulation une monnaie fictive indifférenciable d’une monnaie pleine, on peut imaginer la possibilité d’un découvert non matérialisé sans intérêts ou d’un revenu de base pour chaque membre de la communauté en monnaie pleine, revenu qui devra être dépensé uniquement pour des achats de production interne.

L’inconvénient du revenu de base est qu’il gomme la raison pour laquelle la monnaie a été créée, à savoir mesurer que chaque membre de la communauté produit pour la société au moins autant qu’il en reçoit. Ceux qui le veulent vont pouvoir bénéficier d’un revenu certes minimum mais sans rien produire et seront à la charge des autres. Certains sont déjà pris en charge par la collectivité : les handicapés, les malades, les chômeurs, les retraités. Et ceux-là peuvent effectivement être pensionnés par création monétaire, mais quid de quelqu’un en bonne santé qui ne fait rien et vit aux crochets des autres ? La société est-elle prête à accepter cela ?

Le commerce avec une autre communauté ne pose pas problème : il suffit d’appliquer un taux de conversion entre les 2 étalons ; par exemple, si l’heure de travail étalon vaut 12e dans la communauté A et 60 é dans la communauté B, il suffira de multiplier par 5 ou diviser par 5 lors des échanges entre communautés. Par contre, s’il n’y a pas de monnaie internationale, il s’agit d’un troc et les échanges doivent être équilibrés. S’il existe une monnaie internationale, celle-ci doit répondre aux mêmes critères que précédemment pour être acceptable, à savoir : n’être créée que pour des prêts sans intérêts aux nations en voie de développement et pour des échanges de richesses produites. Une telle monnaie permettrait des réalisations utiles pour l’humanité entière par création monétaire internationale.

Les règles impératives de toute création monétaire démocratique sont donc celles –ci :

La fonction essentielle de la monnaie est de mesurer la valeur des échanges.

Quand la monnaie est créée uniquement sous forme de dette, pour des prêts  sans intérêts, il n’y a plus de monnaie en circulation quand tous les prêts sont remboursés.

La valeur propre  de la monnaie n’a aucune importance. Son utilisation est basée sur la confiance qu’elle n’a pas été fabriquée par de faux monnayeurs, que sa valeur reste stable  et qu’elle ne pourra être refusée en paiement d’une production.

Pour qu’un système monétaire où la monnaie est créée sous forme de dette puisse fonctionner dans une communauté fermée, il est nécessaire que l’organisme qui crée la monnaie ne prenne pas d’intérêts sur les prêts qu’il accorde.

Si l’argent est créé uniquement sous forme de dette, quand tous les emprunts sont remboursés, il n’y a plus d’argent en circulation et il est impossible de lever des impôts.

Ceux qui travaillent pour la collectivité ne peuvent être payés que par création monétaire et ce jusqu’à ce que la masse de monnaie pleine soit suffisante pour pouvoir lever des impôts.  Cela ne produit pas d’inflation si la production interne est suffisante et si  la création de monnaie pleine ne peut se faire qu’en échange d’une richesse produite.

                        Qui peut être cet organisme émetteur ?

L’état

Le pouvoir de création monétaire donne un pouvoir énorme sur toute la vie sociale. C’était autrefois le principal pouvoir régalien, seul le roi avait le droit de frapper la monnaie. Il semblerait que, dans une démocratie, ce rôle devrait revenir à l’état : c’est déjà lui qui légifère pour encadrer la monnaie officielle, organiser les impôts, c’est lui qui peut poursuivre les faux monnayeurs, c’est lui qui doit payer les fonctionnaires. Le danger est que s’il n’est pas bien contrôlé démocratiquement, comme c’est le cas dans notre constitution, il utilise la création monétaire pour des enrichissements personnels ou pour masquer une mauvaise gestion de l’économie, créant plus de monnaie qu’il n’y a de richesses produites, ce qui crée de l’inflation.

Un organisme public sous contrôle démocratique indépendant de l’état

Cet organisme serait soumis aux règles strictes de création monétaire avec une gestion transparente publique. Il ne pourrait fournir de l’argent à l’état et aux particuliers qu’en respectant ces règles. Le risque, comme dans toute gestion humaine, est que tout ne soit pas transparent.

Un logiciel bien programmé, transparent  et infalsifiable

95% de l’argent que nous utilisons est déjà sous forme scripturale, plus exactement électronique car écrite seulement dans des ordinateurs et les opérations courantes dans les banques sont gérées automatiquement par des logiciels. De tels logiciels, programmés avec les règles de création monétaire démocratique, pourraient gérer automatiquement nos comptes quasi gratuitement soit dans une banque centrale d’état accessible à tous, soit individuellement dans des smartphones sécurisés. Les blockchain du bitcoin montrent que l’on peut faire un système à la fois sécure et transparent (mais qui est très lourd et le bitcoin ne satisfait pas aux règles de création démocratique).

Un banquier ( central)privé honnête (respectant la démocratie)

Pour être honnête, il doit respecter les règles de création monétaire démocratique : ne prêter avec intérêts que son argent plein propre ou une partie de celui de ses clients avec leur accord, prêter par création monétaire à l’état et aux particuliers sans intérêts,  créer de l’argent plein pour tous ceux qui travaillent pour la collectivité et uniquement pour ceux-là. Lui-même ne peut se payer que par création monétaire. Mais, si on ne peut faire confiance à l’état, à la comptabilité publique, pour gérer correctement cette création, comment croire qu’un individu privé ne sera pas tenté d’en profiter pour son compte ?

Un banquier (central) privé malhonnête (se mettant au-dessus de l’état)

Celui-là fait croire qu’il prête de l’argent plein même quand il fait de la création monétaire, en profite pour demander des intérêts dessus, considère l’état comme un particulier  et lui prête avec les intérêts de son choix, ne fait aucune création monétaire pour ceux qui travaillent pour la collectivité mais en fait pour lui pour pouvoir jouer au casino-boursier.

C’est dans ce cas de figure que nous sommes car la plupart des Banques Centrales actuelles sont des banques privées : aux USA la Réserve Fédérale  est en réalité régie par un consortium de 3 grandes banques anglo-américaines privées qui ne prêtent qu’avec intérêts même à l’état ; en Europe, les banques centrales des états sont sous les ordres de la BCE qui, d’après les traités, a interdiction de prêter (et encore moins donner) aux états, ce qui revient au même que la situation américaine. Dans les 2 cas, les états se sont interdits le pouvoir de création monétaire et ne peuvent qu’emprunter à des banques privées qui ont, elles, le pouvoir de création monétaire.

Les conséquences en sont énormes :

Toute la monnaie créée pour le circuit économique l’est  sous forme de prêts avec intérêts et nous avons vu que cela crée une situation inextricable où certains ne pourront pas rembourser puisque l’argent des intérêts n’a pas été créé. Cela va engendrer une compétition sauvage entre les membres de la communauté, chacun essayant d’éviter d’être exclu en n’étant pas dans les derniers à rembourser. Cela tend aussi à provoquer de l’inflation car, pour pouvoir payer les intérêts, une possibilité est de gonfler le prix de sa production. Ce système, ingérable dans une société fermée, ne peut perdurer que dans une fuite en avant, une expansion perpétuelle qui permet de reporter sur d’autres le défaut de paiement ou l’endettement non remboursable. Cela explique pourquoi les USA sont dans un expansionnisme permanent, pourquoi les états prisonniers de ce système sont obligés d’exporter agressivement vers d’autres états pour trouver à l’extérieur l’argent des intérêts qui fait défaut chez eux,  pourquoi les économistes adeptes de ce système ne voient de salut que dans la croissance car quand il y a croissance, beaucoup empruntent, et avant que les emprunts soient remboursés, il y a beaucoup de monnaie vide qui circule et donne l’illusion d’une augmentation de la masse monétaire qui permet de rembourser les intérêts des premiers emprunts. Le problème est que quand tous les emprunts veulent être remboursés avec les intérêts, il manque encore plus d’argent qu’avant.

Le fait que ce soit un banquier privé qui crée la monnaie a un autre effet pervers: celui qui emprunte se sent désormais en dette non plus envers la société, mais envers la banque, ce qui justifie tout le pouvoir que peut exercer la banque sur lui en se comportant comme si elle prêtait de l’argent plein: il s’agit ni plus ni moins d’une escroquerie, la dette reste envers la société et non envers la banque.

Le banquier traite l’état comme un particulier, ce qui le met au-dessus de l’état: au lieu que ce soit l’état qui demande à la Banque Centrale de payer les fonctionnaires, c’est la banque qui demande à l’état de s’endetter pour les payer. L’état ne peut plus créer de monnaie et ne peut se financer que par l’emprunt et l’impôt (impôt que nous avons vu impossible dans ces conditions, qui n’est réalisable que si l’état a préalablement emprunté pour augmenter la masse monétaire en circulation). Notre dette correspond exactement à la monnaie que l’état aurait pu créer gratuitement et elle est impossible à rembourser puisqu’aucune monnaie pleine n’est créée. Plus on cherche à rembourser, plus on s’endette et  plus on doit payer des intérêts. Cela explique pourquoi tous les états adeptes de ce système ont des dettes exponentielles et irremboursables qui ne font que croître, quoi qu’ils fassent : les USA sont endettés à plus de 500% du PIB, plus que la Grèce, la dette de la France a commencé à se former en 1974, quand nos politiciens convertis à l’idéologie néolibérale ont préféré se financer sur les marchés au lieu de leur Banque Centrale, idem au Canada quand P.Trudeau a privatisé la Banque Centrale en 1974. Il devient alors impossible de payer les réalisations collectives avec de la création monétaire, L’état doit s’endetter encore plus et se rembourser en partie avec des impôts.

Le banquier prête à qui il veut, en quantité qu’il veut, au taux qu’il veut : quel énorme pouvoir ! C’est lui, et non la société, qui  décide des investissements à faire et il choisit non pas ceux qui sont le plus intéressants pour la société à long terme, mais ceux qui rapportent le plus à court terme. Il peut augmenter ou diminuer la masse monétaire à sa guise, créer inflation ou récession. (C’est ainsi que le prix de l’immobilier a beaucoup augmenté ces dernières années car c’est un crédit sûr pour les banquiers et c’est là qu’ils en ont fait le plus, rendant la demande supérieure à l’offre, ce qui crée l’inflation).

Il y a dans toute la société un renversement des valeurs : l’argent étant artificiellement trop rare, ce sont les considérations d’argent qui priment sur toutes les autres au détriment des valeurs éthiques et morales.

Enfin, rien n’empêche ce banquier de créer de la monnaie pour se financer autant qu’il veut ou pour financer autre chose que des  richesses produites, en particulier pour spéculer à la bourse; les investissements spéculatifs ne sont pas des investissements productifs pour la société et ne devraient pas avoir droit à de la création monétaire. Actuellement, 95% de l’argent créé sert à la spéculation. En 2016, la Banque Centrale Européenne a racheté pendant des mois 60Md d’actifs par mois, ce qui revient à distribuer de la monnaie en la donnant uniquement aux banques qui ne s’en sont servies que pour spéculer (c’est plus que le déficit budgétaire annuel d’un pays comme la France et deux fois la charge des intérêts de la dette de l’Etat français).  Cela crée une inflation masquée : on nous dit que l’inflation est très faible mais cela est faux car le mot et son calcul ont été dénaturés : l’inflation est une augmentation des prix (ce qui est équivalent à une dévaluation de la monnaie) qui se produit quand trop de monnaie a été créée au regard des richesses produites. Ce terme devrait s’appliquer aussi à l’inflation boursière mais il a été cantonné à quelques articles de consommation courante judicieusement choisis selon un mode de calcul faussé : l’immobilier ayant beaucoup augmenté ces dernières années a été sorti de l’indice ; on a introduit une composante « qualité » qui fait que si l’article augmente, mais qu’on estime que la qualité a augmenté aussi , il n’y a pas d’augmentation ; si votre article augmente mais qu’il en existe un autre semblable moins cher, on considère que vous prenez le moins cher, ou que vous en achetez moins, etc… C’est cette inflation réelle qui fait que les cours de la bourse peuvent être longtemps en augmentation, jusqu’au crack quand la banque centrale décide d’arrêter: les cours des monnaies sont maintenus artificiellement, mais les critères de confiance ne sont pas respectés et, en réalité, la plupart des monnaies ont perdu toute valeur. Cette façon de créer de la monnaie ex nihilo sans qu’elle corresponde à une richesse échangée est exactement ce que font les faux monnayeurs (cela a été dénoncé par Maurice Allais,  prix Nobel d’économie, mais occulté par la plupart des économistes néo-libéraux). Cela prouve aussi que l’état ne joue plus son rôle d’interdire les faux monnayeurs et est complice de ce racket des banquiers sur l’économie du pays. Nos politiques auraient le pouvoir, s’ils le voulaient, de reprendre le contrôle de la Banque Centrale; ils ne le font pas en partie par incompréhension du fonctionnement monétaire et ralliement passif à l’idéologie néo-libérale, en partie par corruption car ils sont dépendants des banques pour leur campagne électorale et leur fortune personnelle.

Comble de la perversion du système : quand le système bancaire menace de faire faillite pour avoir trop boursicoté au casino-boursier, c’est l’état qui doit s’endetter encore plus auprès d’eux pour les renflouer car le système monétaire est vital pour le pays.

La spéculation et le prêt avec intérêt permettent à ceux qui ont déjà beaucoup d’argent, essentiellement les banques, d’en acquérir encore plus sans rien produire, ce qui est l’essence même du capitalisme mais est une absurdité: il est incompatible pour un instrument de mesure de s’agrandir à l’usage; imaginez que votre mètre s’allonge quand ce que vous mesurez est grand ! Un instrument de mesure doit au contraire, rester le plus stable possible. (C’est à comparer également à une énergie qui s’accroîtrait quand on la stocke, ce qui est contraire aux principes physiques). Nous devons perdre l’habitude de considérer qu’il est normal que l’argent placé « rapporte »: cela ne se justifie que parce que nous n’en avons pas assez et pour compenser l’inflation, ce qui ne devrait pas avoir lieu dans un système bien géré. Il serait plus normal que l’argent capitalisé, donc inutilisé dans des échanges, perde peu à peu sa valeur : c’est ce qu’ont voulu marquer certaines monnaies locales en étant « fondantes ». Sans aller jusque-là, on pourrait décider que l’argent capitalisé soit limité à un maximum individuel et seulement mis à l’abri de l’inflation : c’est ce que font la majorité des français avec leur livret de caisse d’épargne. Le système capitaliste accroît automatiquement les inégalités en rendant les riches toujours plus riches sans rien produire et les pauvres toujours plus pauvres quels que soient leurs efforts pour travailler plus.

Les (grands) banquiers et leurs alliés, les grands industriels ont utilisé leur argent pour s’emparer des grands médias et réduire encore le peu de démocratie qui nous restait, à savoir le droit d’élire nos dirigeants : à partir du moment où les médias servent de propagande pour le candidat de leur choix et arrivent à fausser le débat démocratique, on peut considérer que les élections ne remplissent plus leur rôle démocratique et que le système se verrouille complètement en dictature d’une petite oligarchie.

Il ne reste plus dans le monde que très peu de banques centrales qui n’appartiennent pas à la famille Rothschild et nous assistons à la phase finale d’un coup d’état qui vise « une dictature mondiale des banquiers » (comme l’a avoué Mr Rockefeller) et qui se prépare depuis des siècles. Comme le disait Mayer Amschel Rothschild à l’origine de tout cela : « donnez-moi  le contrôle de la monnaie et je me moque de qui fait les lois »

La monnaie qui est le sang de la société, qui matérialise nos échanges et devrait être un service public, est devenue entre les mains de ces banquiers pervers un formidable instrument de pouvoir sur les peuples qu’ils utilisent sans aucun respect de la vie sur la planète. (Nous parlons ici des banquiers de banque centrale, ceux des petites succursales sont prisonniers du système et ne se rendent pas forcément compte du fonctionnement d’ensemble : eux sont limités dans leur prêts, peuvent faire faillite si les emprunteurs ne remboursent pas, détruisent l’argent créé lorsqu’il est remboursé et trouvent normal de prendre des intérêts pour se payer ; cela pourrait à la rigueur fonctionner s’il y avait par ailleurs une banque centrale qui créait de l’argent plein).

Pour comprendre comment on en est arrivé là, voir le chapitre « histoire de la création monétaire » http://democratie-sociale.fr/2016/histoire-de-la-creation-monetaire/

Pour comprendre ce que serait un pays et un monde avec une monnaie démocratique, voir http://democratie-sociale.fr/2017/un-monde-de-richesse-et-de-paix-protegeant-la-nature-et-la-vie-sur-terre-est-possible-avec-un-systeme-monetaire-democratique/

Une réflexion au sujet de « Théorie de la création monétaire démocratique »

  1. Bonjour et merci pour cet article qui pose des très bonnes questions sur la création monétaire, c’est assez rare pour le souligner.

    J’ai quelques remarques :

    – l’heure de travail ne peut pas être un étalon pour la monnaie, car suivant le service rendu ou l’objet confectionné, les uns et les autres vont apprécier cette heure de travail de manières totalement différentes et des « travaux » différents vont statistiquement être évalués également de manière totalement différente. Il ne peut donc s’agir d’un étalon commun.

    – la création monétaire par le crédit, même sans intérêt, pose également le problème de la toute puissance de l’organisme émetteur de la monnaie, quel qu’il soit. En effet, va-t-il refuser un crédit à quelqu’un qui se propose d’acheter un palace sans aucune garantie de remboursement ? Quels sont ses critères ? Dans tous les cas, il va favoriser tel ou tel cas, et en refuser d’autres, sur des bases qui seront toujours sujettes à débat car totalement arbitraires et fluctuantes.

    – « La valeur propre de la monnaie n’a aucune importance. Son utilisation est basée sur la confiance qu’elle n’a pas été fabriquée par de faux monnayeurs, que sa valeur reste stable et qu’elle ne pourra être refusée en paiement d’une production. » Ces phrases posent plusieurs problèmes. Comment peut-on s’assurer que sa valeur reste stable ? Comment être sûr que, demain, tous les humains ne vont pas se tourner vers le grain de blé pour leurs échanges ? De la même manière, s’assurer que personne ne peut refuser cette monnaie en paiement d’une production implique une sérieuse contrainte sur la population.

    – la notion de « monnaie pleine » elle-même est illusoire. Je crée aujourd’hui 100 e de « monnaie pleine » car j’ai l’équivalent de 100 e dans mon pays en diamants. Demain, le prix du diamant s’écroule pour une raison ou une autre. Si on vient me demander l’équivalent en diamants de la monnaie que j’ai créée, je ne peux pas satisfaire la demande, la monnaie n’est plus « pleine ». Il s’agit donc d’une vue de l’esprit qui ne correspond à rien dans la réalité, puisque la valeur de tout, que ce soit un objet ou un service, fluctue dans le temps et dans l’espace (les diamants n’étant pas valorisés de la même manière dans différents pays et suivant les cultures). La monnaie est donc « pleine » au moment de sa création mais peut devenir « doublement pleine » ou bien « à moitié pleine » n’importe quand.

    – « on pourrait décider que l’argent capitalisé soit limité à un maximum individuel et seulement mis à l’abri de l’inflation : c’est ce que font la majorité des français avec leur livret de caisse d’épargne » Je n’ai pas vu la valeur de mon livret doubler en 10 ans. Et pourtant la masse monétaire en euros a bel et bien doublé pendant ce temps. Et le taux du livret est de toute façon très largement inférieur à l’inflation officielle. Le banquier (et l’état) vous fait croire que vous « gagnez de l’argent » avec vos intérêts pour que vous soyez content. Dans la réalité, vous perdez très largement en pouvoir d’achat. Petit extrait de mon livre sur la monnaie que je vous conseille du coup car vous y apprendrez probablement des choses :

    12.2.6 Illusion monétaire
    L’illusion monétaire nous fait préférer des gains de gros chiffres, même s’ils sont contrebalancés par une inflation importante et du coup sont en réalité moins avantageux que des gains moindres mais avec moins d’inflation. On a l’impression de « gagner » quelque chose avec notre livret A à 0,75 % d’intérêts alors que ça nous fait tout de même perdre en pouvoir d’achat puisque l’inflation dépasse largement les 1 % (c’est le chiffre officiel, dans la réalité, d’autres ont différents résultats qui sont d’ailleurs plus proches de la croissance de la masse monétaire).

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