La monnaie citoyenne

                              

Mieux, à mon avis, que la monnaie M, les crypto-monnaies ou la monnaie « libre », je propose « la monnaie citoyenne », beaucoup plus simple et facilement compréhensible, expérimentée avec succès dans les SEL et monnaies locales :

_Les échanges sont libres, obéissant à la loi de l’offre et la demande, sans taxes ni impôts associés. (Ce qui supprime la notion de « travail au noir »). Leur valeur est évaluée avec une unité étalonnée sur une richesse nécessaire à tous ( baguette de pain, temps de travail, panel d’articles de première nécessité…..Ce ne peut être l’or qui n’est pas nécessaire à tous).

_Ce sont les échanges qui créent la monnaie en quantité juste suffisante, sans création de monnaie- dette matérielle : lors d’un échange de richesse (j’entends par « richesse » tout ce qui peut être échangé : biens, services, savoirs, savoir-faire, tout ce qui peut représenter une valeur pour le receveur) à une valeur convenue entre les 2 échangeurs, le compte du donneur est automatiquement crédité lorsque celui du receveur  est débité. Ces comptes sont en monnaie scripturale ou électronique qui  peut être convertie en monnaie matérielle quand ils sont positifs mais il n’y a pas de monnaie matérielle-dette émise s’ils sont négatifs ; les dettes sont simplement enregistrées, doivent être remboursées mais ne donnent pas lieu à pénalités jusqu’au maximum individuel autorisé.

Jusque-là, la monnaie est réduite à son rôle principal qui est de mesurer la valeur des échanges ; cette mesure  doit pouvoir être possédée de façon inaliénable par l’utilisateur : on doit pouvoir imaginer un logiciel inviolable contenu dans un smartphone dédié de chaque utilisateur ou dans des serveurs centralisés.

Par contre, pour réguler finement le système monétaire et gérer la collectivité, il est nécessaire qu’un organisme sous contrôle citoyen possède un double de ces transactions pour résoudre des problèmes politico-économiques tels que :

_Organiser la production pour qu’il y ait équilibre entre les offres et les demandes.

_Créer de la monnaie pour ceux qui travaillent pour la collectivité.

_Adapter la masse monétaire aux capacités de production en jouant sur la création monétaire et d’éventuels impôts ou taxes pour qu’il n’y ait ni inflation, ni récession.

_Résoudre le problème de ceux qui ne produisent pas suffisamment pour assurer leurs besoins fondamentaux.

Exemples de solutions possibles :

Au-delà de ce maximum, ou même avant s’il y a demande, la situation du déficitaire est examinée par les services sociaux :

*S’il est capable de rembourser un jour, avec ou sans accompagnement, son découvert plancher est abaissé.

* S’il en est incapable (handicapé, chômeur, malade par exemple), il mérite d’être pensionné par la société.

*Un particulier peut même aider quelqu’un dans le besoin sans passer par les services sociaux en rendant son aide gratuite : lui est crédité mais l’autre compte n’est pas débité (c’est de la création monétaire citoyenne).Pour éviter les abus, cette possibilité est limitée.

Tout cela peut être remplacé par un revenu de base universel par création monétaire, représentant le minimum nécessaire pour vivre sans autres aides. Le revenu de base a l’avantage d’aider ceux dans le besoin sans passer par les services sociaux, peut permettre à ceux qui ne veulent ou peuvent pas travailler de vivre sans avoir  à rendre de comptes, mais il fait trop de création monétaire qu’il convient de réduire par des impôts.(Voir l’article sur le revenu de base dans un système monétaire démocratique)

_Ceux qui travaillent pour le collectif (fonctionnaires, enseignants, soignants, services publics…), qui font des réalisations ou remplissent des missions d’intérêt général (hôpitaux, autoroutes, grands travaux, protection de l’environnement,…), ou qui sont pensionnés par solidarité ( handicapés, chômeurs, malades, retraités,…)  peuvent être payés en plus ou moins grande partie par création monétaire : en effet, c’est la société toute entière qui est en dette envers eux, dette non pas financière mais d’échange de richesses : elle rembourse en fournissant les richesses dont ils ont besoin, ce qui remplace les impôts, enrichit ceux qui fournissent et n’appauvrit pas les autres.

Hormis le problème du revenu de base qui génère trop de monnaie créée et nécessite des impôts, ce système s’autorégule automatiquement sans inflation à la seule condition que la production de richesses soit suffisante pour satisfaire les besoins de tous et que les salaires ne soient pas trop élevés. Il fonctionne très bien dans une société fermée autosuffisante sans besoin de croissance mais n’exclut pas les échanges avec d’autres sociétés qui devront trouver un étalon commun pour définir la parité entre les 2 monnaies. En l’absence de monnaie internationale fiable, ces échanges sont assimilables à des trocs et doivent être équilibrés.

Il nécessite seulement que chaque citoyen ait un compte unique géré personnellement mais dupliqué dans une banque centrale sous contrôle citoyen. Les processus de création peuvent être largement automatisés. L’état peut lui aussi s’endetter à la banque centrale pour financer des entreprises productives. Le contrôle citoyen est cependant nécessaire pour déterminer le salaire de ceux qui sont payés par création monétaire et quelles sont les missions d’intérêt public. Il devra  aussi s’exercer avec l’aide de l’état pour réguler le système de façon qu’il n’y ait ni inflation ni récession et, pour cela, comme ce système a tendance à enrichir tout le monde, il faudra nécessairement créer des impôts pour les trop riches et des taxes judicieusement choisies pour les biens dont on veut freiner la consommation. Tout cela est inchiffrable avec les données actuelles reposant sur un fonctionnement trop différent, mais le compte unique permettra à la banque centrale d’avoir toutes les données pour effectuer la régulation.

La création monétaire citoyenne ne résout pas à elle seule tous les problèmes de la démocratie mais elle donne les outils pour y parvenir en inversant les raisonnements qui nous aliènent : au lieu de se demander comment nous pouvons gagner de l’argent pour faire ce que nous voulons, c’est ce que nous voulons  qui nous fait organiser le système monétaire pour créer l’argent dont nous avons besoin.

Pour aller plus loin dans la compréhension :

_S’exercer à construire un système monétaire dans une communauté fermée autosuffisante fonctionnant par le don. http://democratie-sociale.fr/2017/comment-creer-un-systeme-monetaire/

Les incroyables bienfaits d’un système monétaire démocratique.

2 réflexions au sujet de « La monnaie citoyenne »

  1. Bonjour,
    vous vous posez ici en chartaliste convaincu. Outre les « trous » laissés ici et là (comme la « création monétaire citoyenne »), qui mesure les besoins de création monétaire ? Sur quelles bases ? Le prix du pain ? Et si celui-ci venait à s’effondrer ou au contraire exploser ? D’autre part, votre système est un système ultra centralisé avec toutes les dérives que cela occasionne.

    1. Bonjour
      Dans ce système, il n’y a pas besoin de mesurer les besoins de création monétaire puisque ce sont les échanges qui créent la monnaie en quantité forcément juste suffisante (contrairement aux faux monnayeurs actuels qui peuvent créer une monnaie ne correspondant à rien). Par contre, la circulation monétaire a besoin d’être régulée puisqu’il y en a forcément certains qui vont gagner trop et d’autres pas assez, et cette régulation ne peut se faire finement que si le système est centralisé, en partie sous forme automatique, en partie sous contrôle citoyen car cette régulation dépend de choix politiques. Et quand la régulation est bien faite, quand l’offre est adaptée à la demande, il n’y a ni inflation, ni récession. Un tel système est antinomique avec la spéculation, il ne peut pas y avoir de bulles et de krach, et il n’a pas besoin de croissance pour survivre.

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