L’illusion démocratique

Beaucoup d’entre nous croient encore être en démocratie parce qu’ils ont la possibilité de voter tous les 5 ans pour un président et sa « troupe » de députés  élue pour son appartenance au même parti et qui doit le soutenir quoiqu’il fasse. Si l’on considère que la démocratie c’est la possibilité pour chaque citoyen de participer aux décisions qui le concernent et de pouvoir choisir et révoquer ceux qui le gouvernent, il faut reconnaître que nous en sommes loin :

-Nous ne faisons qu’élire un chef de gouvernement très éloigné de notre quotidien : ceux qui ont le plus de pouvoir sur nous, les patrons, les fonctionnaires, ne sont pas élus ni révocables par nous.

– Ce président ne représente en fait qu’une minorité de français : en 2012  François Hollande a obtenu au premier tour 28.63% des 77.96% votants  exprimés soit 22.31% des Français. Au second tour ceux qui se sont ralliés à lui l’ont fait plutôt pour voter contre son prédécesseur que pour lui et malgré cela, il ne représente que  51.63% des 75.69% votants  exprimés soit 39% des Français. Il en était de même pour Nicolas Sarkozy.

-Ceux qui ont voté pour son programme ont été floués car, même s’il ne respecte pas ses promesses, il est irrévocable pendant 5 ans. Et pour le remplacer, on va nous proposer le précédent.

-Notre choix est canalisé par les médias sur 2 grands partis dits « de droite » et « de gauche » mais qui ont exactement le même programme économique donc le même programme politique à quelques détails près. Ils sortent tous de la même école où ils ont été formatés pour appliquer la doctrine « néo-libérale » (le mot « libéral » sonne bien car il fait penser à » liberté » mais la seule liberté dont il s’agit est la liberté des forts d’écraser les faibles).

-Ces hommes (et femmes) politiques élu(e)s ne possèdent plus de véritable pouvoir : ils l’ont donné aux banquiers et aux grands industriels avec qui ils possèdent des liens incestueux : ce sont eux qui assurent leur fortune et payent leur campagne électorale très coûteuse et, en échange, ils mènent leur politique, à savoir la braderie de l’état au privé et la destruction de l’état social.

L’ensemble composé des grands banquiers, des grands industriels, des politiques, des propriétaires des médias, d’un certain nombre de journalistes et d' »experts » fréquemment invités sur les ondes, constitue une véritable « classe sociale » vivant en circuit fermé au dessus des lois et des contingences du menu peuple en dirigeant le pays exclusivement à son avantage.Le vrai terme pour désigner notre organisation sociale n’est pas « démocratie » mais « oligarchie », c’est-à-dire gérée par un petit groupe dominant. Plus exactement peut être par « ploutocratie » car cette classe dominante n’est pas constituée des meilleurs mais des plus riches.

-Et l’heure est grave si nous ne faisons rien : il y a la même oligarchie aux USA depuis leur création (voir l’article sur les USA et sur les banquiers), disons même que c’est le modèle US qui se répand chez nous et se mondialise. Et cette oligarchie maintenant dominée par la finance qui ne rencontre plus de contre-pouvoir a un tel appétit d’argent et de pouvoir qu’elle est prête à massacrer des milliers d’individus (y compris dans son propre peuple) et à détruire la planète pour assouvir sa faim.

(Voir la fiche « histoire populaire de l’Amérique », résumé du livre de Howard Zinn et celle du « 11septembre », résumé du livre de Ray Griffin)

 

Comment établir un état démocratique ? 

C’est la question la plus difficile car une véritable démocratie au sens où nous l’avons définie n’a pu exister que dans de petits groupes, jamais au niveau d’un état important.

La démocratie n’est pas l’organisation la plus spontanée : le plus spontané est que les plus puissants dominent les autres et imposent leur loi et il faut savoir que tout individu, ou groupe d’individus, doté d’un pouvoir a tendance à utiliser ce pouvoir pour aller dans le sens de ses propres intérêts et pour éliminer ceux qui s’y opposent .

Il ne faut donc jamais donner un trop grand pouvoir à un seul individu ou groupe d’individu. L’histoire fourmille d’exemples de révolutionnaires portés au pouvoir avec des idées démocratiques qui sont devenus ensuite de véritables tyrans. La constitution de la cinquième république donne beaucoup trop de pouvoirs au seul président. Et si le président a du pouvoir sur le peuple, il est soumis au pouvoir des grands banquiers et des grands industriels qui sont devenus plus puissants que l’état : personne ou groupe de personnes ne doit pouvoir devenir plus puissant que l’état démocratique comme le permet ce système capitaliste. Le système capitaliste qui permet la possession de son outil de travail n’est pas mauvais en soi : il le devient lorsqu’il n’est pas limité et encadré par un système démocratique.

Il faut renoncer à l’idéologie néo libérale qui prétend qu’en abolissant les règlementations, un équilibre égalitaire finira par s’établir : c’est manifestement faux ! Quand on supprime les règles, c’est la loi du plus fort qui s’impose. La démocratie a besoin de règles  qui protègent les plus faibles.

Des solutions possibles

Il faudrait donc que tout individu exerçant un pouvoir fasse d’abord la preuve de ses compétences et, pour respecter la démocratie, soit librement choisi et révocable par ceux sur qui ce pouvoir s’exerce

Cela ne passe pas forcément par l’élection : par exemple, pendant la période de plein emploi des années 60, il pouvait y avoir des petits patrons non élus dans un contexte démocratique car un ouvrier pouvait choisir son patron et en changer quand il voulait.

-Mais cela peut aussi passer par l’élection quand on connait celui que l’on élit et que l’on peut être associé à ce qu’il fait : c’est le cas par exemple des maires des petites communes. Les élections ne sont plus démocratiques lorsque celui pour qui on vote est trop lointain, connu seulement par une étiquette de parti et une image de façade, et que l’on est ni associé ni même témoin de ce qu’il fait vraiment .Il faut donc beaucoup d’élections sur de nombreux niveaux pour que l’élu soit toujours contrôlable par ceux qui l’ont élu : un ministre par exemple n’a pas à être choisi par le chef du gouvernement simplement parce qu’il est de son parti (en pouvant prendre n’importe quel ministère comme s’il pouvait avoir toutes les compétences) mais par une pyramide de ses administrés. L’élection d’un président au suffrage universel est, contrairement aux apparences, antidémocratique.

-Certains proposent le tirage au sort de ceux qui ont une charge publique, à durée limitée et non renouvelable comme cela se pratiquait dans la démocratie athénienne. Cela a l’avantage de concrétiser que la politique est l’affaire de tous, pas seulement de professionnels, limite les possibilités de corruption et abolit la dépendance aux bailleurs de fonds pour les campagnes électorales. Le risque est de tirer un incompétent (mais on peut en élire un aussi) : le tirage  pourrait n’avoir lieu que parmi ceux qui ont pu prouver au préalable une compétence.Ce qui sous-entend aussi que la politique n’est pas un métier: il faut un premier métier dans lequel on a montré ses capacités avant de pouvoir accéder éventuellement à une charge politique.

-Dans une démocratie, ce n’est pas le gouvernement qui impose ses lois : il n’est là que pour exécuter les lois votées par le parlement.

-Le parlement lui-même doit être composé d’élus au sommet d’une pyramide d’élus ou d’un échantillon de la population tiré au sort. Mais avec les moyens modernes de communication, notamment internet, il me semble qu’il serait possible que chaque loi soit votée par l’ensemble des citoyens concernés après une discussion nationale.

Concrètement

Tout ceci est une ébauche de ce que pourrait être notre travail collectif: mettre au point un système politico-économique cohérent qui permette une véritable démocratie. Contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, des solutions sont possibles dès qu’on accepte de sortir du système » néo-libéral ». Certains diront que c’est  complètement utopiste car trop éloigné de la réalité actuelle. Et pourtant : l’utopie n’est qu’un projet non encore réalisé et nul ne peut dire qu’il est irréalisable sans en fournir la preuve. L’utopie certainement irréalisable en ce moment, c’est la croyance en une croissance infinie dans un monde fini : l’idéologie néo libérale veut nous imposer cette croyance en étouffant toute pensée contradictoire car c’est une nécessité pour ceux qui la pilotent, c’est-à-dire quelques gros capitalistes, pour continuer à s’enrichir : comme ils produisent au bout d’un moment trop pour la consommation intérieure (restreinte aussi parce que les ouvriers ne sont pas assez payés), ils ont besoin de trouver des débouchés extérieurs, soit par des guerres (c’est le but essentiel des guerres faites par les USA), soit par des « traités » bilatéraux léonins qui imposent aux états plus faibles d’ouvrir leur frontière et de détruire leur état social pour être livrés à leurs multinationales. L’utopie, c’est aussi de croire qu’on peut réformer le système sans sortir de l’euro et de la construction européenne actuelle, sans reprendre le contrôle de la monnaie et des frontières : l’expérience vouée à l’échec de Syriza en Grèce nous en fournira la preuve .On nous promet les pires catastrophes si nous sortons de l’euro : fuite des capitaux, inflation, dette accrue. C’est vrai si on ne remet pas en question le fonctionnement des banques et de la création monétaire. C’est faux sinon, on pourrait même effacer la dette sans que le système international s’écroule puisqu’il suffit aux banques centrales de recréer cet argent manquant. Bien sûr, les banques internationales refuseraient de prêter ensuite mais elles n’auraient à le faire que si la balance commerciale est en déficit. Quant aux capitaux en fuite, un contrôle des changes les empêcherait de revenir et l’état pourrait créer toute la monnaie nécessaire à l’économie interne sans faire de dettes. On pourrait ensuite recréer une monnaie commune à certains états européens assez proches en niveau de vie sur d’autres bases, en plus des monnaies nationales (voir l’article de l’économiste Frédéric Lordon dans le monde diplomatique d’aout 2013)

Il est urgent de réagir si on ne veut pas être complètement dépecés, comme la Grèce actuellement, et la France en a encore les moyens. Mais pour cela elle doit renoncer à cette fausse union européenne qui n’est qu’une construction néo libérale non démocratique destinée à terme à détruire les états et elle doit retrouver la souveraineté de sa monnaie et de ses frontières. Elle ne pourra trouver sa légitimité à le faire qu’en adoptant une nouvelle constitution qui écrira ces principes dans le marbre. Elle sera alors en position de force pour renégocier sa dette et les traités européens : elle pèse encore assez pour ne pas être envahie militairement et son expérience servira d’exemple aux autres peuples d’Europe et d’ailleurs qui souffrent aussi de cette domination de l’argent ; la France retrouvera le rôle de phare des libertés qu’elle a eu autrefois.

Mais cette nouvelle constitution, on ne va pas nous en faire cadeau et il ne faut pas compter sur les politiques actuels pour la faire. Elle ne peut être faite que par le peuple pour le peuple. Toutes les constitutions précédentes ont été faites par des « élites » pour des « élites » convaincus que le peuple était incapable de participer à sa gouvernance. Et si vous pensez que c’est une tâche trop difficile pour être faite par des non spécialistes, lisez celle de la 5ieme république qui nous gouverne (trouvable sur internet): elle est d’une simplicité désarmante : après une vague allusion à la déclaration des droits de l’homme (mais sans valeur contraignante), elle se contente de décrire les énormes pouvoirs du président de la république et ses rapports avec les autres institutions : parlement, sénat, conseil constitutionnel. C’est une constitution écrite par De Gaulle pour De Gaulle qui a pu fonctionner pour lui car il plaçait la haute idée qu’il avait de la France au-dessus de ses intérêts personnels mais qui n’est plus adaptée aujourd’hui.

Un peu partout en France, des associations se sont formées pour réclamer ou commencer à écrire cette constitution. Il est nécessaire de rassembler en un seul texte tous ces travaux épars pour le présenter au vote d’une majorité de Français. Je propose de faire un site internet qui regroupe et ordonne tous ces articles, auquel chacun pourra participer en fonction de ses compétences et du temps dont il dispose. Même si vous disposez de très peu de temps, un simple vote pour ou contre chaque article est important : si une majorité de Français pouvait s’unir pour ce projet commun et non pas seulement contre quelques-uns, une révolution tranquille pourrait se faire.

 

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